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mercredi 23 avril 2014

Elle...et seulement Elle !


Encore un beau poème d'amour de Daniel. Je le trouve particulièrement beau.
L'émotion passe, je le ressens. Pas vous ?
Merci mon Danou.
Vous pouvez visiter son blog : 
http://lemondededan.over-blog.com/



 

A l’aube de ce jour, où encore endormie,
Je te regarde, observe ton souffle
Rêves-tu ? Suis-je parmi tes songes ?
Est-ce que les tressaillements légers sur ton visage
Marquent le plaisir de voyager
Au sein de ton monde intérieur
Où j’espère être ton capitaine...
Elle...et seulement Elle !
L’amour...l’Amour est une sensation si étrange,
Mélange de doutes, de tourments
Et de délicieux serrements de cœur
Comme si les sentiments ne pouvaient tenir
Dans un seul corps, dans une seule âme...
L’amour...l’Amour comme une danse effrénée
Au rythme troublant, entraînant, 
Même les plus indociles sont charmés
Les corps, les esprits,
Perdus, éperdus,
Irrationnels, enragés, endiablés
Incohérents, méconnus,
Méconnaissables, insaisissables
Insatiables, mais jusqu’où cela ira-t-il ?
Je ne sais, je ne sais plus…
Un sourire, un battement de cils,
Un regard, un sourire,
Un balancement de hanches, les cheveux qui tourbillonnent,
Et moi, émois, je la suis et déraisonne.

Auteur : Daniel Sache
Neuilly-sur-Eure (Orne 61) 

samedi 19 avril 2014

Amoureuse



Que m'arrive-t-il ?
Je me sens bien, gaie comme un peu folle ...
C'est comme une explosion de soleil !!!! Des éclaboussures d'or qui éclatent partout autour de moi.

Mes soucis s'amenuisent. Je ris !

Je m'endors avec toi. Je ferme les yeux et tu es là. Tout près.
Mon bras enserre ma taille et je ressens ta présence ; cette merveilleuse sensation d'amour et de force.

Je me fais des romances où tout est beau.
Nous nous retrouvons dans un endroit secret où nul ne peut  nous surprendre .....

J'aime ton regard, j'aime tes lèvres, ton sourire, j'aime ton corps, j'aime tout de toi.
Les yeux fermés dans le clair-obscur, ma bouche parcourt ton visage, ton cou, ton torse sur lequel je pose ma tête.

Nos respirations sont en absolue symbiose. En harmonie totale.
Nous pourrions rester là, comme ça, des heures et des heures, alternant ces moments de repos après l'amour avec l'amour.

Ah ... J'ouvre les yeux.
Bien sûr que tu n'es pas là, puisque tu ne sais pas .....
Ne pars pas ! Pas encore !!!!
Je vais refermer les yeux et tu vas revenir ! 
Oui, tu es de nouveau près de moi. 

Je m'endors heureuse.

Mourir dans cette quiétude, cette tiédeur, ce bonheur
immense .....
Gagner ensuite une autre dimension, un autre monde plus
doux .... Un autre ailleurs.
C'est le rêve qui prend sa place pour quelques heures, toujours avec toi.


Auteur : Catherine Dubreuil
Bretoncelles (61 - Orne)



vendredi 11 avril 2014

Je t'aime .....



Malgré la distance qui nous sépare,
Je ne veux jamais te perdre de vue,
Je veux savoir ce que tu deviens,
Toujours, toujours,

Tu es ma flamme,
Tu es mon indispensable rêve,
Rêve qui me raccroche à la vie
Lorsque je vais si mal,

Tu es mon secret,
Tu es et tu resteras mon doux fantasme,
Fantasme de l'amour vrai,
De l'amour qui dure car il est pur,

Rien ne peut le lasser,
Rien ne peut le salir,
Rien ne peut l'épuiser,
Puisqu'il restera rêve,

Ma tête sur ton épaule,
Tes épaules que j'enlace,
Des baisers tendres et innocents,
L'effleurement des lèvres sans le faire exprès.

Je t'aime.

Auteur : Catherine Dubreuil

Bretoncelles (61)



mercredi 26 mars 2014

Reste, mon Ange



Quand partagerons-nous de nouveau des rires,
des histoires,
des petites peines,
de beaux moments,
des films,
des voyages,
des opinions,
des amis ? .....

La liste est longue ....

J'ai besoin de tout cela avec toi, mon amour, mon fiston unique et adoré.

Mais que s'est-il passé ?

D'un seul coup, la descente aux enfers, comme on dit.

Plus de paroles ou presque,
la peur permanente,
le néant,
la souffrance,
la déchéance.

Tu sais, j'ai besoin de toi mon coeur, pour vivre et aussi pour survivre un peu lors de ma vieillesse.
Pour que tu sois présent pour moi, que je puisse voir jusqu'au bout ton beau visage et ton sourire retrouvé.

Tu vois à quel point tu m'es indispensable ?
Alors, juste pour ça, ne part pas ....

Quelle maman accepterait de survivre à son enfant ?

Ne m'abandonne pas, je t'en supplie.

Lorsque tout cela sera derrière nous, que nous auront vaincu cette sale maladie qui se permet de te ronger, de t'envahir, silencieuse et sournoise ....

Nous en rirons ensemble !

Je t'aime tellement.

Ta Maman

Auteur : Chantal Guilbert
Sa prière pour son fils adoré.

mardi 21 janvier 2014

Un peu de soleil

Vous n'avez pas oublié notre Danou, notre écrivain de l'Amour.
Voici encore un de ses merveilleux poèmes. Celui-ci est pour moi un de ses meilleurs.
Son blog où vous pouvez aller vous délecter :
http://lemondededan.over-blog.com/

 

Sous le ciel gris, un peu de soleil

Même les ennuis, que sont-ils, sous le soleil ?

Une petite brise, de l'air frais, la chaleur sur la peau

La musique résonnant dans la tête, inspire le corps

Jusqu'à ce que les courbes s'agitent, en rythme

Un peu de soleil, échauffant les sens

La soif qui vient, amenant les regards avides

Un peu de soleil éveillant les émois

La musique des vagues, enfin !

Le plongeon dans l'onde fraîche et apaisante

Les milliers de gouttes ruissellantes

En sortant de l'enveloppe marine

Un peu de soleil éblouissant les yeux

Le rire qui vient avec le bien être

L'émotion là, maintenant, dans cette inspiration

Ce souffle, l'épanouissement d'appartenir

A cette immensité mouvante

Un peu de soleil séchant le corps dégoulinant

L'envie de se laisser, de s'abandonner aux chauds rayons

Comme une torpeur qui maintient l'immobilité

La chaleur du sable, juste sous le soleil

Un peu de soleil se mêlant à ce baiser salé

Les caresses qui font frémir, frissonner

La délicatesse du frôlement

Un peu de soleil finissant le trouble de la rencontre

De la peau, de la mer et du soleil

Laisse émerger dans le chavirement des esprits et des corps

Un peu de soleil et de chaleur

L'oubli de soi avec l'autre, dans un ultime essor

Daniel Sache

Neuilly-sur-Eure (Orne)

samedi 11 janvier 2014

Cinq premières citations de Erweina la Terreur de l'Est !

Vous connaissez pour la plupart d'entre vous Indy et Erweina.

Indy nous a fait profiter de la "Poinçonneuse des matelas", des "Rêves de Erweina", etc ....

Maintenant, elle nous fait cadeau des "Pensées d'Erweina" à travers des citations où nous pouvons malheureusement de temps en temps nous retrouver nous pauvres bipédiens ! 

Place à L'HUMOUR Erweinesque !!!! Pour notre plus grand bonheur !

Blog de Erweina et Indy :


Erweina



"la vie, c'est comme une boîte de thon, il faut en profiter jusqu'à la dernière miette !"

"Les étoiles sont les puces du ciel, quand il se gratte elles deviennent filantes".

"L'humour bipédien est comparable à un oiseau avec du plomb dans l'aile, car il ne peut voler jamais bien haut"

"Le bipède est un être à problèmes. S'il est doté de deux pattes au lieu de quatre, c'est pour éviter une source d'ennuis supplémentaire."

"Démontrez à un chat qu'il a tort et il vous convaincra qu'il a raison".


(Petit rappel pour les lecteurs : ces citations sont enregistrées sous copyright) 

Auteur : Indy
(St. Petersbourg)

dimanche 5 janvier 2014

Fini les "Petits Tracas de Vitalie" !

Voici la fin des "Petits Tracas de Vitalie".
Béatrice nous a en effet fait cette faveur d'un 6ème volet à la demande des Aminautes qui se demandent comment cela se termine ? Et bien .... A votre lecture !!!

Que de chemin avait parcouru Vitalie depuis son départ précipité pour se rendre en catastrophe au chevet de sa sœur chérie, salement amochée par un jeune déséquilibré ! De l’eau aux multiples remous avait coulé sous les ponts de la quinquagénaire pour franchir la limite à dépasser afin de s’échapper de son satané Trou d’Enfer  pas franchement folichon et aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs… Deux années entières pour soigner sa soeur qui avait survécu à sa terrible agression, remettre les pendules et quitter pour de bon le domicile conjugal. Elle avait épaulé son beau-frère dans la lourde tâche de  panser les plaies d’une Désirée traumatisée. Un prétexte idéal pour ne pas regagner ses pénates et laisser son « cher et tendre » mijoter dans son jus. Elle lui avait juste envoyé ce message bref et explicite : « Oublie-moi… »  Si Vitalie avait transgressé les règles du mariage, son comportement n’était pas pour autant celui d’une pécheresse. Elle désirait juste faire le point sur cette vie terne et maussade à laquelle elle s’était accoutumée. Elle en avait assez soupé de cette vie-là ! Alors : adieu veau, vache, cochon, mouton… et tout le saint-frusquin et surtout l’affreux Loup !! Elle voulait se dégager de son emprise. Elle voulait s’assumer loin de lui. « Tout s’achève un jour ou l’autre ! «  se disait-elle pour se donner bonne conscience. D’autant que son mari était lui plutôt d’humeur à batifoler ! Un Loup ventripotent et volage qui avait profité de son absence pour se vautrer dans la luxure… S’il avait mal vécu au début son célibat forcé,  ne voulant pas admettre qu’il regrettait son ingrate épouse, il avait vite rebondi sur son bidon enceint de 6 mois mais n’abritant point d’enfançon. Eh oui, Loup avait ouvert son sex-shop !!! Il avait réalisé son  rêve de patachon.  Dans l’espoir de trouver une remplaçante pour son foyer si lâchement déserté,  il avait sauté sur tout ce qui bougeait avec une paire de seins… La nuit, il faisait des folies de son corps et s’en donnait à cœur joie ;  il dégota même une gourgandine aguicheuse, délurée, dépoitraillée et outrageusement maquillée ramassée sur le trottoir, une « Belle-en-Cuisse au regard de braise à faire voler en éclats les boutons de braguette » pour le seconder  dans son antre de perdition. 




Cela cancanait dur dans le patelin ! On déblatérait sec à la barbe du maître de céans. Jusqu’à ce que son allure négligée, avec ses chemises froissées et ses pantalons  tachés maintenus par des vilaines paires de bretelles toutes emberlificotées , finisse par faire fuir une clientèle pourtant avertie et d’ordinaire pas trop à cheval sur la coquetterie  ;  y compris la postière moustachue et renfrognée,  surnommée à juste titre « grenouille de bénitier » qui refusait de lui livrer son courrier ! Sa dégaine à ne pas piquer des hannetons avait également lassé les curieux qui se bousculaient avec des yeux ébouriffés et des langues pendantes propices à  alimenter les derniers potins du village. Au bout de quelques mois euphoriques, la maison au parfum de scandale fit faillite… Loup, qui avait déposé le bilan, sombra dans un marasme misanthropique. Enfermé entre ses quatre murs, il ne voulait plus voir quiconque. Il passait son temps à boire de la vodka-orange ou du whisky-coca et à roupiller. A ronfler comme un sonneur, il ne gênait plus personne. A ce régime-là, il ne fit pas long feu. Une cuite magistrale le terrassa une nuit. Apnées et alcools ne faisaient pas bon ménage…Le mari idiopathique de Vitalie avait rendu  l’âme sans bruits et sans fracas ! 

C’était presque la « dolce vita » pour sa veuve nullement éplorée ! Pas de pleurnicheries futiles ou hypocrites. Elle avait bien versé une petite larme lors des obsèques mais seulement en repensant aux jours heureux de son mariage… Trop d’années de chagrin lui revenaient en mémoire. Elle avait vendu la maison, récupéré son coq nain et s’était installée à Annecy, près du lac. Ses cheveux jaunes et hirsutes étaient à nouveau disciplinés et d’un beau blond doré. Elle avait perdu du poids ;  sa cellulite et ses bourrelets avaient fondu comme neige au soleil.  Elle avait rajeuni d’une bonne décennie… Grâce à son brave Sybil qui souffrait bien d’une cystite chronique, elle avait succombé au charme du vétérinaire, chez qui elle se rendait tous les quatre matins !  Un homme aux yeux rieurs et aux tempes grisonnantes, épais comme un haricot vert, qui portait un nom qui lui allait comme un gant : Didier Gentil. Si Vitalie avait passé l’âge de croire aux princes charmants, elle n’en planait pas moins sur son petit nuage. De toute façon, il restait encore à prouver que  les princes n’existaient plus ! Un avenir plus lumineux se dessinait et allait éclairer sa vie ; tout en sachant que le bonheur pouvait se révéler aussi furtif qu’une étoile filante dans le ciel et disparaître d’un moment à l’autre…

Et puis,  elle s’était rabibochée avec son fils Cyprien, bien content de revoir une maman citadine et épanouie. Elle avait maintenant toute sa petite famille autour d’elle : sa soeurette Désirée, son mari Alain, ses neveux Florentin, Corentin et Valentin. Et son gentil Didier  (Didou pour les intimes) qui occupait toutes ses pensées…Et rien n’était jamais perdu, les échecs étaient des paliers pour accéder à l’étape suivante…
A l’aube d’une nouvelle vie, Vitalie, dotée d’une vitalité réparatrice, s’était débarrassée de ses vieux démons et  ne souffrait plus d’insomnies, même si elle continuait chaque soir, de se préparer sa tisane au miel de pissenlits avant de se coucher. Elle se répétait avant de s’endormir  qu’elle était sur le bon chemin puisque regarder en arrière ne l’intéressait plus… 

(Fin)
 
Béatrice Riot
(Écrivain) 

Si vous n'avez pas lu les 5 volets précédents des "petits tracas de Vitalie", je vous invite à cliquer sur les liens suivants.

dimanche 1 décembre 2013

LA VERITABLE HISTOIRE DE TAUPINAMBOUR



Christine LACROIX est écrivain et nous fait l'honneur de nous accorder sa Nouvelle "La véritable histoire de Taupinambour".
Nous la remercions pour cela. Cette Nouvelle est légère, toute mignonne, tout public. 
Ingrédients : humour, connaissance et émotion.
Au bas de cette page vous pouvez voir les couvertures des ses œuvres. Pour les avoir lues, je peux vous affirmer que c'est excellent !


Son blog : 

Place à : La véritable histoire de Taupinambour !
 
J’ai déménagé cette nuit. Je ne m’entendais plus avec mes voisins. J’habite les Ardennes-belge. Je suis passée sous une espèce de frontière, un grillage. Je pense que je suis maintenant en Belgique. Mes nouveaux voisins sont très bruyants la journée, leurs coups répétés résonnent dans mes galeries. Mais la nuit c’est le paradis, je suis seule en mon domaine et les retards chroniques dans le métier du bâtiment devrais me valoir encore quelques mois de paix.
C’est le jour où mon ancien colocataire décida de faire pousser « the green » sur ma parcelle en friche que nos opinions divergèrent. Ma mère m’avait pourtant prévenu.
 
- Jamais au grand jamais tu ne t’installeras sur un terrain de golf ou dans un jardin de propriétaire terrien ! Choisi plutôt une pâture à charolaise ou une forêt de feuillus.
  


Mais voilà, au bout de deux mois et demi quand je me suis retrouvée à découvert avec mes trois frères sur le plateau des vaches, le premier terrain abandonné que mes pelles détectèrent fut le bon. Comment pouvais-je deviner que des maisons allaient pousser comme des champignons après mon emménagement ? 


 
Je creusai mon tunnel sous gravats à quinze centimètres de profondeur dans ce sol meuble. J’étais au régime 6/4 : 4 heures de travail, 4 heures de sommeil, 4 heures de boulot. A chaque quart je forais deux cent cinquante mètres de souterrains, j’en profitais pour avaler tout ce qui tombait sur mon passage, vers, larves, chenilles, chrysalides, mille-pattes, œufs de fourmis. Mais vous allez me dire, c’est bien beau de faire la guerre des tranchées mais la terre enlevée tu la mets où ? Dès le départ je m’organisai, je plaquais un maximum de terre aux parois, avec mon tour de taille respectable, rien de plus facile et le surplus, quand même quinze kilos les 90 minutes (des spécialistes ont calculé pour moi), je les envoyais derrière moi. Quand le remblai avait atteint dix fois mon poids, je me retournais et à grand coup de rein et avec ma seule patte avant droite, mon groin étant trop fragile, je poussais, je poussais, je poussais, ouf ! Et voilà le surplus débouchait à l’air libre à vingt centimètres en surface. Une cheminée d’évacuation tous les cinquante centimètres me suffisait. Je fabriquai aussi des trous d’aération, une toutes les deux mètres cinquante, pas question de risquer l’asphyxie. Si l’hiver est trop rigoureux, j’en reboucherai quelques unes. 


 
J’aménageai  aussi ma chambre à coucher, ce fut la deuxième fois de ma vie que je me retrouvai à découvert après la mise à la porte familiale. J’avais besoin de garnir ma couche. Je sortis donc lors d’une nuit sans lune par une cheminée d’aération et je ramassai ce qu’il y avait à proximité, du foin, des feuilles mortes, un vieux journal l’Equipe, de la ficelle et de l’herbe. Au bout de quelques semaines mon domaine faisait plusieurs kilomètres. Allais-je pouvoir m’y retrouver dans ce labyrinthe ? Oui car j’avais la « taupographie » des lieux dans ma tête et aussi une astuce de sioux, j’avais uriné pour marquer chaque embranchements. 


 
Mais au fait j’ai oublié de me présenter. Je m’appelle Taupinambour, j’ai un an et trois mois, je fais dix sept centimètres queue comprise et je suis un peu ronde. J’ai deux petits trous pour les oreilles dissimulés sous ma jolie fourrure gris taupe et deux billes noires pour ma myopie. A l’avant j’ai le plus sophistiqué des détecteurs sensoriels, un groin tout rose. Deux pelleteuses avec cinq crochets propulseurs, des pattes arrière plus petites pour avancer et 44 dents pour mâcher la terre abrasive. Il paraît que c’est à cause de cette terre que mes dents s’émoussent au bout de 4 ans et que je meure faute de pouvoir me nourrir. Mais pour le moment je suis jeune et je respire la vie à plein poumon, surtout que j’ai un appareil respiratoire à double capacité comme les plongeurs, il faut dire que dans mes galeries l’air est raréfié à 10% d’oxygène seulement, mais je compense avec deux fois plus de sang et d’hémoglobine. 

 


 
Et voilà j’étais installée depuis un an dans ma vie underground, mes monticules de terre étaient passés complètement  inaperçus sur ce terrain à l’abandon, bien installée, la guerre des tranchées pouvait commencer. Je parcourais mes galeries à la vitesse réglementaire de trois kilomètres six et je chassais à l’odeur tous les hôtes de passage. Même l’hiver je m’étais organisée, faisant une réserve de lombrics en leur coupant la tête, ils restaient ainsi immobiles, car privés de centre nerveux. Si au printemps j’avais négligé de les manger, les morts-vivants se refaisaient une tête neuve et retournaient à la vie sauvage. 


 
Tout allait bien sous la prairie jusqu’à ce jour d’août où le thermomètre passa la barre des trente cinq degrés, le soleil obligea les vers à quitter la surface, ils estivent quand la terre devient trop dure et moi, me retrouvant sans ressource je due creuser de nouveaux tunnels pour subvenir à mes besoins journaliers et c’est là que les ennuis ont commencé. 



 
J’avais déposé un monticule brun tous les cinquante centimètres sur ce magnifique vert anglais, dessinant un jardin zen digne d’un maître japonais. Mais voilà, mon voisin était européen et ne comprenait rien ni à l’art moderne, ni à l’art asiatique. Il poussa les hauts cris. J’eu beau lui expliquer que j’aidais au drainage du sol et que je facilitais la pousse de son gazon anglais, que le tout à l’égout naturel allait aider à l’évacuation de la grosse pluie d’orage qui menaçait de s’abattre cette nuit et que les salades encore intactes au fond du jardin l’étaient grâce à mon appétit féroce des bouffeurs de batavia, il ne comprenait rien. Je le menaçais de demander la nationalité allemande puisque notre espèce est protégée dans ce magnifique pays depuis 1986. Mais il resta sourd  et il se procura un livre intitulé « Comment se débarrasser des nuisibles de votre jardin ». 

 
Ce livre conseille au jardinier de percer un trou dans le toit de notre tranchée et de placer le piège dans la galerie. Comme nous sommes très à cheval sur les courant d’air, nous nous précipitons pour colmater la fuite et nous tombons dans le panneau. Les hommes ont inventé toutes sortes de technique pour nous emprisonner, nous noyer, nous broyer, nous transpercer, nous étriper, nous attraper une patte ou un groin. Heureusement dans mon malheur, mon voisin passa rapidement les pages du musée des horreurs et arriva au chapitre « comment se débarrasser des taupes pacifiquement ». 

  
Il expérimenta la première méthode. Il planta une perche au milieu du jardin et déposa sur le faîte une bouteille en plastique. Le bruit était tellement effrayant quand la bouteille jouait avec la brise que je m’enfuis à toutes pattes au plus profond de mon tunnel. Mais petit à petit, ayant analysé le danger inexistant, je repris mes activités usuelles. La canicule étant toujours là et mes sorties nocturnes pour me ravitailler en eau et en insectes ne me suffisant pas, j’entrepris de parachever mon œuvre et je creusais de nouvelles tranchée.
 
Mon voisin passa à la deuxième méthode. Il remplit une de mes galeries d’huile de vidange. Je ne vous dis pas l’odeur ! Surtout pour mon odorat disproportionné. Je rebouchai rapidement la section défectueuse et en entrepris une autre. Cela ne plût pas du tout à mon colocataire. 
 
Il reprit sa lecture. Euréka ! Il avait enfin trouvé la solution. Il retourna tout son garage, il revint avec un fil barbelé qu’il introduisit dans un de mes passages préférés. Comme j’ai une peur bleue des pièges, je fermai cette bouche de métro et en construisit une autre un peu en dessous de la première. Les trois nouveaux monticules bruns sur la pelouse verte rendirent mon voisin fou de colère. Il reprit sa lecture par le début. Il se mit à confectionner un piège avec un tuyau, des pointes acérées et une vis à écrou. Cette fois-ci je paniquai, je pris mes pattes à mon cou et je passai la frontière.
 
Mon nouveau domaine ressemble comme deux gouttes d’eau à ma première résidence. J’ai repris mon ancien rythme, les 4/6, métro, dodo, boulot. J’ai trouvé des feuilles mortes, des copeaux de bois, de l’herbe et une page déchirée de la Hulotte pour décorer ma chambre. Le déménagement m’a beaucoup fatigué mais maintenant je suis installée et j’ai repris mes déambulations dans mes galeries, la température extérieure est redescendue à vingt degrés et les lombrics tombent comme des mouches le long de mes boyaux. 
  
Mais au mois de mars, vers le 6 de 9h du matin à 10h le lendemain exactement, je me sentis toute drôle. Les spécialistes appellent cela les chaleurs et il parait que ça dure 25 heures chez la famille des talpidés et ne se produit uniquement qu’au mois de mars. C’est eux qui le disent. Toujours est-il que je me sentais bizarre ce matin là.
 
En fait, depuis le mois de février c’était l’effervescence de l’autre côté de la frontière. Les mâles en rut qui avaient mis leur montre à l’heure d’hiver s’activaient, creusant tous, ils étaient trois, de nouvelles galeries dans ma direction. Il faut dire que vingt cinq heures pour féconder une femelle, le défi est de taille. Plus question de faire les 4/6, le mâle travaille sans relâche, il dort là où il s’écroule quand l’épuisement le prend et reprend dès qu’il se réveille. Alors ça forait, ça forait, ça forait ! Le 6 mars à 11h30 du matin Risottaupe tenta le tout pour le tout, en retard déjà de plus d’une heure, il remonta à l’air libre, à ces risques et périls, et continua son sillon près de la surface beaucoup plus facile à creuser, dessinant à la vue de tous et surtout à la vue perçante de la buse son parcourt du rut. Tricérataupe le talonnait de près, mais ne prit pas le risque de se faire découvrir et continua sa trace d’amour en profondeur.
 
Risottaupe arriva le premier, notre coup de foudre fut immédiat mais je dois dire bref car au bout d’une heure il s’en retourna dans son pays. Tricérataupe voyant la place prise bifurqua vers une autre destination, il avait encore vingt deux heures devant lui. Il tomba amoureux d’une voisine prénommée Taupless. Pataupe se présenta à mon domicile à la 26ème heure. Il fut reçu à coups de pelles, de crocs et de griffes. Quand c’est plus l’heure, c’est plus l’heure. Il ne trouva pas de fiancée cette année là. 
 

 Début avril, trente jours après la visite de mon mari, je me sentis de nouveau toute drôle, depuis quinze jours déjà je me trouvais ballonnée. J’avais beau faire attention à mon régime, jamais deux vers à la fois, je faisais un kilomètre de jogging par jour dans mes souterrains, je n’arrivais pas à maigrir. Je m’étais pourtant activée depuis quelques semaines. Il faut que je vous dise, je m’étais construit une petite folie, une chambre sans vue et sans issue de secours, allez savoir pourquoi. Elle était si confortable que je m’y installai. Et voilà que quatre souriceaux me sortent du ventre. Vous parlez d’une surprise ! Quatre adorables coquelicots de trois grammes et demi. Je décidai de les adopter et de leurs trouver des noms Taupaze, Taupeten, Aristaupe et Taupique. Puis je redoublai mes efforts pour nourrir tout ce petit monde. Au bout de trois semaines ils avaient atteint le confortable poids de soixante grammes. 


  Ils en étaient si émus qu’ils en changeaient de couleur chaque semaine passant du rouge coquelicot de la naissance aux pétales de rose, puis au gris bleuté et finalement ils adoptèrent tous le noir. Un peu triste comme choix final, après être passé par de si joli ton de l’arc en ciel, non ?
 
Maintenant le mois de mai touche à sa fin. Mes enfants ont aujourd’hui deux mois et demi. Ils ont épuisé mes réserves de carabes, vers « fil-de-fer », larves de tipules, bibions, vers blancs de hanneton, courtilières. Puis ils deviennent bien encombrants. C’est qu’ils ont pris de l’embonpoint depuis leur naissance. La cohabitation devient difficile. Une nuit où je n’arrivais pas à dormir je les mis tous les quatre à la porte ou plutôt à la cheminée, comme le père Noël, ouste ! Dans le conduit d’aération. 

  
J’appris même que Taupaze avait investi mon ancienne demeure, trouvant les galeries inoccupées, elle entreprit quelques travaux de réaménagement et s’y installa sans trop d’effort, alors que ses frères durent creuser chacun deux cent cinquante mètres de tunnel pour pouvoir jouir d’une vie confortable.
 
L’année suivante je donnais à nouveau naissance à quatre rejetons. Quatre est notre chiffre porte bonheur. Les pattes, le rythme du sommeil, les heures de boulot, les enfants, le cycle de la vie, même nos dents (pour celui qui n’a pas bien suivi depuis le début, je me répète, mère nature nous en a fourni 44 mais pas très solides), tous va par quatre dans la vie d’une taupe. 


 
Mais aujourd’hui j’ai 4 ans et 3 mois. Voilà quinze jours que je n’arrive plus à manger. Mes dents sont usées et aucun dentiste n’a de rendez-vous disponible avant un an. Mes forces me quittent, je vais me retirer au fond de mon trou. Pas besoin de m’enterrer, j’y suis déjà. Je sais que Taupaze a des ennuis avec mon ancien colocataire. Elle va passer la frontière cette nuit et s’installer chez moi. 

Christine Lacroix
(Écrivain)
De Reims - Marne (51)

Ses œuvres :